Ils s'aiment ...
Les pièces de Pierre Palmade et Muriel Robin, Ils s’aiment et Ils se sont aimés, ont été traduites en quatorze langues. Actes du Théâtre a souhaité recueillir les avis de Réanne Palmade, qui suit attentivement la carrière de son fils, et de différents traducteurs sur les questions spécifiques rencontrées lorsqu’on est amené à traduire un texte comique.
Actes du Théâtre a donc adressé une mosaïque de questions à Craig Carlson (États-Unis) qui a effectué des traductions de travail, ainsi qu’à Fernando Arino (Espagne) et Luisa de Sousa Otto (Portugal) qui ont traduit les pièces. Madame Palmade a été d’une aide précieuse dans ce travail, et nous a également répondu, étant donné l’importance que revêt pour elle le suivi des traductions.

Je ne sais pas si Pierre se rend compte à quel point il est connu à l’étranger. Un jour, un étudiant américain lui a dit que ses textes étaient étudiés à l’université quelque part aux États-Unis comme exemple de français familier actuel. J’ai également été approchée par un gand éditeur pour une méthode de langue de français – langue étrangère. Ce serait très important pour le rayonnement de la langue et cela pourrait amener ses textes sur la scène.
Il est toujours ravi de savoir qu’un pays s’intéresse à son œuvre. Mais c’est plus par rapport à un phénomène de notoriété. Tout cela reste malgré tout pour lui un peu « étranger ». Je ne crois pas m’avancer en disant que cela doit le renvoyer à son ignorance d’autres langues. C’est une attitude assez française.
Les traducteurs Craig Carlson et Fernando Arino ne sont pas des « spécialistes » de la traduction humoristique, mais j’ai sans doute été guidée dans le choix de ces personnes par le sens de l’humour que je leur connaissais. Je n’aurais certainement pas été chercher quelqu’un avec un profil qui m’aurait semblé inadéquat. Par exemple, je me dois de préciser que Fernando Arino, grand cruciverbiste, a réussi à traduire le sketch du scrabble, ce qui est remarquable. Je crois qu’au départ on se fie à des tempéraments.
Je ne sais pas si, d’une manière générale, de nombreuses traductions sont importées, je ne peux répondre que pour Ils s’aiment et Ils se sont aimés. Les spectacles ont été joués en espagnol avec un grand succès. Il y a eu des productions dans quatre ou cinq pays d’Amérique latine. Et les spectacles sont même joués aux Etats-Unis, à Miami, en version espagnole. Il y a aussi eu des représentations en Islande, Allemagne, Brésil, Ecosse, Argentine, Portugal et Pologne.
Ce sont surtout les producteurs étrangers qui viennent, et non les acteurs. Ceux-ci souhaitent sans doute davantage « s’approprier » le texte de l’auteur qu’être influencé par son jeu.
En fait, les thèmes traités par Pierre Palmade sont ceux que chacun peut rencontrer dans sa vie. On pourrait dire que c’est pour tout public, de 7 à 77 ans, comme pour Tintin. Je peux le certifier car c’est moi qui gère le courrier des fans. Il y a des fans très jeunes et des fans très âgés. Le spectre de public est très large. Le langage est relativement familier. Pierre joue d’une manière presque britannique, avec une sorte de réserve. Il n’y a jamais de pêche aux applaudissements, pas d’insistance sur un effet. L’acteur jouant l’auteur ne se vautre pas dans des effets humoristiques, c’est : « Comprenne qui voudra, comprenne qui pourra au degré qu’il voudra ou qu’il pourra ». Les effets ne sont pas soulignés, le spectateur a le choix. Je pense que les traducteurs comprennent qu’il faut que cela reste un petit peu flou et qu’il y ait plusieurs degrés d’interprétation du texte.
J’ai toujours tenu à travailler avec les traducteurs. Nous nous sommes surtout attachés, pour chaque correction, à bien garder l’esprit du texte français, à bien s’en imprégner. Ensuite, les problèmes rencontrés étaient plus ou moins faciles à résoudre.
Chaque pays pose des problèmes particuliers au niveau de la traduction. Ce ne sont pas les questions linguistiques les plus difficiles, mais les questions culturelles. Cela peut concerner une petite chose, comme, par exemple, qui célèbre le mariage dans un pays – la mairie, le rabbin, etc. –, mais il peut y avoir des questions beaucoup plus compliquées à résoudre. Il y a également des aspects de certains sketches qui peuvent être savamment plus ou moins gommés.
Je n’ai pas pu suivre toutes les productions autant que je l’aurais souhaité. Dans l’idéal, je pense qu’il faudrait se pencher de beaucoup plus près sur la qualité de la traduction et sur la façon dont les choses sont rendues parce que je crains que certains producteurs aillent d’abord vers le traducteur qui leur coûte le moins cher. Cela appelle donc de ma part une vigilance encore plus grande quant aux traductions réalisées.