Le ministre norvégien de la Culture craint que l'utilisation croissante de l'anglais en Norvège ne pose une menace à l'existence même de la langue norvégienne. Trond Giske, qui est issu de l'aile
gauche du parti Travailliste au pouvoir, prépare actuellement une déclaration officielle du gouvernement dont l'objectif n'est autre que d'assurer la survie du norvégien.
Le
stortingsmelding (livre blanc) de Trond Giske sera déposé à la fin avril. Il traitera de la menace que pose l'influence croissante de l'anglais sur la langue norvégienne, non seulement
en raison d'Internet mais également à cause de l'émergence de l'anglais en tant que langue commune du monde entier. « Des langues et dialectes partout dans le monde sont en train de tomber en
désuétude, affirme Trond Giske. Le norvégien fait maintenant face à des pressions entièrement nouvelles, à cause du développement d'Internet et des médias. »
L'un des principaux objectifs du livre blanc sera d'assurer le maintien d'un vocabulaire norvégien complet dans le domaine académique et dans celui des affaires. Ces deux secteurs sont
particulièrement vulnérables à l'influence de l'anglais. Il n'est pas rare, par exemple, pour la presse des affaires d'utiliser le mot anglais "cash" pour désigner l'argent comptant, plutôt que le
mot norvégien "kontant". L'utilisation de la terminologie anglaise est en expansion et certaines entreprises norvégiennes vont même jusqu'à faire de l'anglais leur langue officielle de travail.
Parallèlement, certains cours dans les collèges et universités norvégiennes sont donnés en anglais seulement. Les étudiants de ces cours peuvent remettre leurs productions écrites en anglais et en
norvégien, dans certains cas, ou simplement en anglais. Trond Giske était lui-même ministre de l'Éducation lorsqu'il a été décidé de permettre l'utilisation de l'anglais en classe. Il estime encore
aujourd'hui que cette décision était inévitable. « Nous avons de nombreux professeurs et étudiants étrangers » explique-t-il. Cela ne veut pas dire pour autant que l'on devrait ignorer le
norvégien, selon lui. Il critique certaines entreprises, comme SAS, qui donnent préséance à l'anglais sur leur site Internet - situation pour le moins paradoxale, note-t-il, puisque SAS est en
partie la propriété du gouvernement norvégien.
Le projet du ministre de la Culture est bien accueilli au
Språkrådet, l'organisme d'État responsable de la langue norvégienne. Selon Sylfest Lomheim, responsable au
Språkrådet, le
livre blanc sera la plus importante déclaration du gouvernement au sujet du norvégien en 40 ans. « Cela représente une tentative de création d'une politique de la langue qui ne ressemble à rien de
ce qui a existé auparavant, affirme-t-il. Dans les années 1900, les déclarations au sujet de la langue portaient sur l'orthographe et la grammaire. La prochaine déclaration traitera de la survie
même du norvégien. »